Para commando opération survie Claude-Ferdinand Mathieu 59

Je me suis permis de récupérer des photos de nos camarades qui sont sur ce site pour documenter le texte

Au retour de l'O.S. de mon unité en août 1959, j'avais sommairement pris des notes sur le déroulement de l'opération. Ayant dernièrement retrouvé ces notes dans mes archives, j'en ai rédigé un récit de 7 pages. Seriez-vous intéressé par ce texte ? Votre nom : Claude-Ferdinand Marhieu Sujet de votre message : O.S. août 1959 au Katanga du 4e Commando

singe-1.gif Cher ami,Voici en pièce jointe le récit en question. En ce qui concerne des photos, il me semble que tu en as déjà une bonne collection. Un ami de mon propre squad O.S. t'en avait déjà fourni quelques une. J'ai reconnu H. Le Grelle et moi-

Je me suis permis de récupérer des photos de nos camarades qui sont sur ce site pour documenter le texte

Au retour de l'O.S. de mon unité en août 1959, j'avais sommairement pris des notes sur le déroulement de l'opération. Ayant dernièrement retrouvé ces notes dans mes archives, j'en ai rédigé un récit de 7 pages. Seriez-vous intéressé par ce texte ? Votre nom : Claude-Ferdinand Marhieu Sujet de votre message : O.S. août 1959 au Katanga du 4e Commando

singe-1.gif Cher ami,Voici en pièce jointe le récit en question. En ce qui concerne des photos, il me semble que tu en as déjà une bonne collection. Un ami de mon propre squad O.S. t'en avait déjà fourni quelques une. J'ai reconnu H. Le Grelle et moi-même, entre autres, sur plusieurs de ces photos.Te souhaitant bonne réception de mon texte et avec mes amitiés. Claude-Ferdinand MATHIEU.

Ma réponse : Bien sûr que cela m'intéresse comment vas tu me les faire parvenir ??? Scaner ? Texte via email? Sur CD ? C'est génial d'avoir des témoignages ca va intéresser nos amis Si tu as des photos ou autres je suis preneur ou d'autres amis a contacter car j'essaie de sauver tout ce patrimoine que vs avez dans vos malles qui risque de disparaitre merci a toi amitié MARC
Au retour de l'O.S. de mon unité en août 1959, j'avais sommairement pris des notes sur le déroulement de l'opération. Ayant dernièrement retrouvé ces notes dans mes archives, j'en ai rédigé un récit de 7 pages. Seriez-vous intéressé par ce text

Opération survie au Katanga Congo Belge - Août 1959 - du 13ème Détachement d’Afrique incorporé au 2ème Commando ( devenu 6ème puis 4ème Commando )Dernière survie Récit d’un participant ayant fait partie d’un squad du 4ème Commando .

Samedi 8 août - Premier jour.

manoeuvre-bukavu-2000km-largage.jpg DC3 Commando bérêt vert class 1952

Vibrant de ses deux vaillants moteurs, le C47 Dakota serra son virage en configuration de montée pour modifier son cap de 180°. La manœuvre était mal venue car le stick était déjà prêt, debout dans l’attente du feu vert pour le saut. Tenant l’échine courbée, étant donné le peu de hauteur disponible dans la carlingue de ce type d’avion, la force centrifuge nous oblige à ployer encore un peu plus les genoux. Premier de stick en attente de recevoir le go nous autorisant à sauter, l’horizon de la terre rouge d’Afrique défile à la pointe de mes bottines pendant de longues secondes, à cadence constante. Bougre de pilote, pensais-je. Les G positifs que nous encaissons doivent augmenter notre poids de manière significative, comme si la charge de notre équipement personnel (bag et parachutes) n’était déjà pas suffisante. Après le rétablissement de l’avion en assiette de largage, nous nous éjectons de cet avion avec la grande satisfaction d’être délivré de cette fatigante contrainte pondérale. Il est vrai que nous étions supposé être en évacuation rapide d’un avion simulé en difficultés.La zone de droppage se situait à environ 100km au nord-ouest de Kamina, aux confins de la Lubishi.

36-copie-2.jpg 2erep kolwezi 1

Dès notre arrivée au sol, nous nous regroupons pour une inspection de notre matériel. Chaque squad de douze hommes prendra des directions différentes. Prenant l’itinéraire sud-nord, nous allons parcourir 120km en 10 jours avec une armature de bergham au dos et sur laquelle est arrimé un sac de couchage à l’aide d’un togle-rope, flanqué d’une machette engagée dans un fourreau. Enroulé dans ce sac, nous y avons rangé une douzaine d’objets (pas plus): un pull, un filet de face, une moustiquaire, une gamelle, une cuillère, un canif, un briquet, de l’huile de fusil et des flanelles, une fiole de nonante pastilles de sel, une autre de cent pastilles de chlore et une boite de ration « C » inviolable sous peine de disqualification de son utilisateur. Envisager l’ouverture de cette boite aurait eu comme conséquence première et directe pour l’intéressé de perdre une certaine fierté : celle d’accomplir une mission jusqu’au bout, en cohésion de groupe, dans les règles acceptées par tous.

para commando Exercice carte topographique apprentissage de 1 brousse-safaris-6.jpg

A portée de main et comme matériels des plus nécessaires à notre expédition : une gourde enfilée au ceinturon, ainsi qu’un fusil Lee-enfield porté en bandoulière et quarante cartouches. Chapeau de brousse, lunettes solaires ABL et montre au poignet ne seront pas superflus. Les appareils photo étaient acceptés et il m’est permis d’emporter un excellent couteau de chasse. Aucune autre chose n’est autorisée, pas de tenue de rechange ni de nécessaire de toilette, pas même un mégot de cigarette ou un carré de sucre qui aurait été « oublié » dans le fond d’une poche. Nous devons nous débrouiller pour trouver nourriture et eau par tous les moyens possibles, en nous considérant comme en territoire ennemi, sans pouvoir prendre contact avec un habitant, tout en accomplissant les 120km. dans la bonne direction. Tel était le scénario de l’opération.

Est-ce utile de préciser qu’il n’y avait de toute façon pas le moindre petit village d’indigènes dans un rayon de 100km. Sauf nouvelle découverte d’une tribu inconnue qui aurait échappé à l’emprise de notre civilisation pas toujours très idéale.

para commando survie para commando Paul delahaut 1er peloton 1ere cie du 1 para 1

Nous utiliserons donc toutes les ressources que la brousse nous procurera : plantes, fruits, gibiers et eau. Un Congolais nous accompagnera uniquement pour nous indiquer la comestibilité de certaines plantes. A nous de bien l’observer et de l’imiter dans ses choix alimentaires pour « apprendre » à survivre. L’eau sera l’élément essentiel durant notre périple. Saint-Exupéry au milieu du désert écrivit : « Eau, tu n’as ni goût, ni couleur, ni arôme, on ne peut pas te définir, on te goûte sans te connaître. Tu n’es pas nécessaire à la vie. Tu es la vie… ». Pendant dix jours, cette savane katangaise allait devenir notre domaine d’existence. Nous allions dépendre entièrement d’elle mais aussi de nos capacités à concevoir des astuces afin de pouvoir contourner les difficultés. Nous allions nouer un pacte avec cette nature sauvage qui n’avait guère dû changer depuis de nombreux siècles. Comment réagirait notre moral ?

commando brousse commando brousse

* Nous vérifions une dernière fois notre matériel et prenons une dernière tasse de thé. Chaque squad reçoit deux boussoles et une carte muette au 1/200.000(!) indiquant seulement les forêts galeries. Départ ordonné, la troupe se déploie. Nous traversons un étroit pont de singe surplombant une faille ou la Lubishi (?). Passé ce Rubicon, le sort en était jeté. Nous ne devrons pas nous fier aveuglément à la boussole car le terrain à certains endroits peut receler une grande quantité de minerais de fer. Au besoin, la montre devra alors nous être utile pour la positionner comme il convient avec le soleil afin de déterminer le nord, et tenir ensuite le cap voulu en visualisant des repères au sol.

operation-survie-2.jpg operation-survie-4.jpg

*Durant les premières heures de marche nous nous sentons très à l’aise et en profitons pour observer le terrain sur lequel nous nous engageons. Terre brûlée et poussiéreuse, squelettes noircis d’arbres calcinés dont les branches supportent parfois une bande de vautours au sinistre plumage. Ils donnent l’impression de nous observer d’un mauvais œil. C’est la saison sèche. Côté négatif : l’eau se fera discrète, très rare. Côté positif : là où apparaissent quand même des matitis, ils seront moins denses, - ce qui, en principe, sera plus favorable à la chasse -, et les forêts galeries à traverser seront relativement moins touffues, encore que ! Pas très loin à l’horizon s’élevait un immense feu de brousse étalé sur plusieurs kilomètres de large. Vulcain attisait ses foyers. Nous passerons sur son enclume où la chaleur brûlante des rayons solaires martèlera nos tempes.

Brousse 1954 survie para Operation survie congo 1958

*Pour cette nuit comme pour les autres nuits, nous ne nous fatiguerons pas à établir des abris. Notre expérience de « boy-scout-para-commando » ne sera pas mise à contribution dans ce domaine comme elle aurait dû l’être sous les pluies torrentielles en saison humide. Ce seront bien entendu des occasions en moins pour faire le plein d’eau, mais qu’importe, nous nous débrouillerons autrement. Nous installons notre premier bivouac à proximité d’un marigot trouvé fort à propos et y remplissons nos gourdes, sans oublier d’y ajouter une ou deux pastilles d’halazone. La section de chasse revient bredouille avant le coucher du soleil. Nous n’avons donc rien à nous mettre sous la dent. D’aucuns récoltèrent hâtivement quelques têtes de fougères dont la recette de cuisson était simple : à cuire dans de l’eau. Avec ou sans sel, rien n’y fera : pas le moindre goût.Provision de bois est faite avant que le crépuscule n’arrive vers la dix-huitième heure. Bien qu’un volumineux tas de bois soit rassemblé, il n’en restera plus une seule brindille au petit matin. Pendant les trois premières nuits, nous prîmes cette inutile habitude d’alimenter un imposant bûcher alors que quelques flammes suffisaient à éloigner les bêtes sauvages.

para Operation survie 1955 brousse

* La nuit tombe. Nous enlevons uniquement nos chaussures pour nous enfiler dans nos sacs de couchage rangés en cercle autour du foyer. Comme oreiller, le pull nous assure un confort minimum. Rompus de fatigue, nous trouvons facilement le sommeil sous un magnifique clair de lune et un ciel parsemé d’étoiles. Les bizarres cris d’animaux lacérant par intermittence le silence des nuits congolaises ne nous réveilleront pas. Relayé toutes les heures, un compagnon reste de garde pour entretenir le feu. Tant que ces flammes brillent dans la nuit, les bêtes sauvages resteront à bonne distance du campement car elles en ont une peur instinctive. Au milieu de cette nature hostile, nous retrouvons toute la valeur première d’une des découvertes les plus anciennes de l’homme : l’usage du feu protecteur.Sans entrer dans les détails, une journée de notre squad se déroulait de la manière suivante : Marche de dix à quinze kilomètres par jour, de 6h jusqu’à midi. Cette petite distance peut paraître assez banale pour des hommes bien entraînés, mais il ne faut pas oublier, en plus des températures relativement proches de celles de l’équateur, que les forêts galeries se situant le long des rivières, même si ces dernières sont asséchées, ne ressemblent en rien à nos forêts wallonnes.

brousse-1955-4.jpg commando survie au congo savanne

*Au Bas-Congo, dans le Mayumbe, il nous est arrivé de traverser une de ces forêts galeries de deux kilomètres de profondeur en un peu moins de deux heures de temps. On se frayait péniblement à la machette un passage d’homme à travers une végétation luxuriante et serrée. Des parasites, des insectes de toutes espèces nous pleuvaient sur la tête, dans les yeux, nous envahissaient et s’infiltraient dans nos vêtements aux endroits les plus délicats. Fort heureusement, nous n’avons pas rencontré ce genre de conditions au cours de notre expédition.

commando survie commando commando

*L’après-midi, nous nous tenions au repos jusqu’à la seizième heure. Vers cette heure là, comme nous n’étions plus en mouvements depuis quelques heures, la chasse pouvait devenir plus fructueuse. L’installation du bivouac devait être la priorité suivante.

En ce qui concerne le squad, il était composé de trois équipes de plus ou moins quatre hommes chacune dont on alternait parfois les fonctions. On tenait compte des compétences particulières de certains. En mouvement, l’équipe 1 s’occupait de la lecture de carte. La deuxième se tenant au milieu de la file indienne n’avait aucun rôle particulier à jouer, mais était responsable de la chasse en fin de journée. L’équipe 3 suivait et devait se tenir à l’affût d’un éventuel gibier durant la progression du matin, aidé éventuellement en cela par l’équipe 2 au cas où un gibier était levé. Elle était responsable de l’ordonnance du bivouac en fin d’après-midi, corvée bois comprise, mais en pratique tout le squad y participait. Du premier jusqu’au dernier jour, l’esprit d’équipe fonctionna parfaitement. Normalité coutumière car Spirit commando oblige.

commando Sandoa kilubi operation survie 4

* N.B. : Cette organisation est un constat à posteriori car elle n’avait pas été fixée d’avance. Elle s’était très vite improvisée à peu près de cette manière, au fil des premières heures, comme venue par un instinct d’efficacité de groupe. Un fait certain : un autre squad ne parvint pas à tirer un seul gibier sur les dix jours. Etait-ce dû à un manque d’organisation de la chasse ?).

commando survie au congo savanne 9 commando survie au congo savannE

Deuxième jour - L’aurore, déesse aux doigts de roses, sœur du soleil et de la lune, nous réveille. (Les crépuscules et les aurores sont toujours superbes en Afrique). Nous enfilons nos chaussures, rangeons notre barda et reprenons immédiatement la progression. Le petit déjeuner ne fera jamais partie de nos habitudes. Pas question de se baigner. Une flaque d’eau claire était trop rare pour ce luxe. Lorsque nous en trouvions une, on ne faisait que se rafraîchir la tête, après remplissage des gourdes.En ce début de matinée du deuxième jour, et comme toute les matinées qui suivront, nous nous hâtons pour profiter au maximum des heures les plus fraîches de la journée.

*A partir de la treizième heure, la progression devient pénible et il est préférable de se réfugier sous le couvert des forêts. De plus, les insectes y sont moins agressifs. Accablés par la chaleur, nous nous reposons sous des voûtes de verdure. Au repos, il faut néanmoins se méfier des serpents, surtout aux abords d’anfractuosités de roches. Mais dans ces sortes d’oasis, de rares rayons de soleil ne se frayent qu’un petit passage entre les arbres. C’est le royaume d’un mystérieux clair-obscur. Par-ci, par-là, de minuscules auréoles solaires tremblent sur le sol couleur d’ombre. D’immenses arbres au tronc lisse, fiers comme des colonnes, poussent leur cime vers un ciel inaccessible. Et tous ces mâts gigantesques sont reliés entre eux par des lianes tordues où se balancent pêle-mêle de magnifiques orchidées, des fleurs étranges aux admirables couleurs, des nids de guêpes semblables à de grands sacs noirs et des toiles d’araignées atteignant ensemble plusieurs mètres de diamètres.Les plaintes criardes des chimpanzés et les glapissements d’autres espèces d’animaux se répercutent dans les profondeurs sylvestres.

Habillez cette forêt de tons allant du jaune clair au bleu en passant par le brun et toute la gamme des verts. N’oubliez surtout pas un seul vert. Lâchez-y des milliers de papillons parés d’or, de nacre ou de bleu, ajoutez-y une odeur de moisi, de lourdes vapeurs et de parfums pénétrants… et vous vous ferez une idée à peu près correcte de ce que nous préférions à ces innombrables nuées de mouches et de moustiques, qui, en savane, nous harcelaient sans cesse de leurs bruits, de leurs chatouillements et de leurs lancinantes piqûres.

Safari para operation survie Para commando survie au congo savanne 4
*Il est 16h30. Quelques uns parmi nous parviennent à s’extraire de leurs rêveries et s’embusquent à l’affût d’un gibier.L’incertitude à pouvoir se procurer de la nourriture déprime un peu le moral. L’estomac se resserre de plus en plus et la bouche grimace de faim.

Un chanceux attrape une grosse sauterelle. Bien maigre gibier pour douze individus ! Nous lui laissons le privilège de la manger à lui tout seul. Il arrache les pattes et la croque illico, comme le noir en avait montré l’exemple quelques heures plut tôt.

Choisissant mal l’occasion d’aborder un tel sujet, un plaisantin croit bon de chuchoter la description de ses désirs culinaires accompagnés d’une bière bien mousseuse. Sans trop en dire, l’imagination des autres fabule sur le même thème.

Notre peloton a pied dans la brousse pel prem 1

*Un coup de feu claque. La poudre a parlé. Adieu rêvasseries. Je venais d’ailleurs de m’éloigner de l’endroit où nous étions au repos. Dans un craquement de branchages et à toute vitesse, deux phacochères foncent droit dans ma direction. Les tirs se font plus nourris mais imprécis à cause de la végétation. Des balles piaulent à peu de distance de mes oreilles. En un réflexe éclair extrêmement judicieux, je me plaque au sol comme une crêpe. C’était situation bien délicate que de se trouver à trente mètres de deux bêtes sauvages vous chargeant au milieu d’un tir croisé. Fort heureusement, la première bête m’évita et la deuxième mordit la poussière sous le feu de quelques balles doum-doumées. L’affaire aurait pu mal tourner ; il était sans intérêt que je fusse resté stoïquement debout.

Operation survie 12

* La joie éclate. Le jeune sanglier africain est pendu par les pattes arrières à une branche basse afin d’être immédiatement dépecé et mis à boucaner. Une bonne partie de la viande sera immédiatement engloutie dans nos estomacs. Toute la nuit, le noir fit griller les abats que nous lui avions laissés. Il fit un festin de roi pendant plusieurs heures. Le lendemain matin, sa panse avait doublé de volume. Les restes de viande subiront encore un boucanage la nuit suivante, pour être ensuite distribués le plus équitablement possible. Il y avait juste de quoi remplir chaque gamelle.

commando Brousse 1954 commando brousse

Troisième jour : Vers la neuvième heure et comme convenu, un avion T6 Harvard de Baka nous survole. Il le fera encore le 7ème jour. Afin de confirmer le bon déroulement de notre opération, nous disposons sur le sol, suivant un code bien défini, six larges calicots de couleurs vives. On raconte qu’un squad d’une opération antérieure à la nôtre fit l’objet d’une amusante plaisanterie de la part de la Force Aérienne. Au moment de le quitter d’un battement d’aile, l’avion largua une bouteille de coca vide mais contenant la photo d’une pin-up.

*Le soir de ce troisième jour, au retour d’une chasse solitaire, l’un de nous rapporta deux petits ramiers. Nous le félicitons pour sa prouesse d’en avoir descendu deux. Répartis en douze parts, les morceaux furent bouIllis dans nos gamelles de manière a obtenir également un bouillon. Ce maigre repas terminé, nous rangeons soigneusement les os décharnés dans le filet de face (avec ceux du phacochère), lequel sera camouflé le mieux possible au fond de la dite gamelle. Pendant le sommeil, c’est l’unique moyen efficace pour protéger de la voracité des fourmis les menus atomes de viande encore accrochés à ces os. De toute manière, pour ce qu’il en restait, ils étaient plutôt d’un soutien moral ; nous avions l’illusion d’avoir encore de la nourriture. Certains ne résisteront plus au régime végétarien ; ce jour-là, ils mangèrent une herbe fine en guise de salade. Les plus opportunistes attendront le lendemain matin pour constater un éventuel dérangement intestinal des premiers, avant de passer eux-mêmes à ce régime diététique forcé

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Quatrième jour : Nous tirons deux grosses pintades pour le menu du soir. Grillées, elles remplissaient deux gamelles que nous nous passâmes de l’un à l’autre. Supplice de Tantale : il fallait garder la bonne attitude pour n’avaler que deux bouchées afin d’en laisser pour les suivants. Dans les gamelles chauffées à blanc, des termites auraient pu être rissolées, à condition de pouvoir les extraire des termitières. Nous n’avons pas eu l’occasion d’accommoder nos menus avec ces protéines.

commando safaris

Cinquième jour : Nous atteignons un chemin à l’endroit prévu pour le rendez-vous médical. Trois hommes abandonnent par manque de moral ou pour des raisons physiques. (Difficile de faire la part des choses). A la quinzième heure, nous reprenons nos cartes et nos boussoles. Sur le moment, et suite à ces défections, le moral en prit un coup. Ces trois hommes allaient nous manquer pour la répartition du poids des tâches dans les jours à venir. D’un autre côté, 1/9 de n’importe quel animal à manger était plus intéressant qu’un douzième. Le moral repris donc le dessus.

manoeuvre-2.jpg commando Brousse survie 56

Sixième jour : Etape très dure. Ce jour, l’aridité du sol est telle que le curieux phénomène de mirage se profila à l’horizon. Un petit oiseau, genre tourterelle, vient s’ajouter à notre tableau de chasse. Le régime plantes et fruits devient notre ordinaire : vumba-vumbas, tembo-tembos, matungulus, divumbas, pommes de singe, têtes de fougère, fruits de palme, tout y passe. Les diarrhées en incommoderont plus d’un, reconnaissables aux joues creuses. Me vint une idée gastronomique : verser deux gouttes d’huile de fusil dans mon infecte jus du soir de manière à y voir apparaître des « yeux de bouillon ». L’illusion était parfaite. A la réflexion, pour survivre il faut se fabriquer de bonnes doses d’illusions et y croire

COMMANDO Durant loperation commando Brousse survie 56

Septième jour : A huit heures du matin, en plein début de progression, nous tirons une jeune gazelle. Nos fusils font merveilles malgré la rapidité de cet animal. Cette fois nous sommes à peu près certains de terminer l’expédition en pas trop mauvais état. Pour éviter la putréfaction rapide de la viande, la bête est immédiatement dépecée et boucanée. Les viscères sont abandonnées à bonne distance où des charognards la dévoreront. Des vautours tournoyèrent au-dessus de nos têtes de temps à autres lors de notre « épopée ». Peut être sentaient-ils notre état de faiblesse lorsque nous étions en manque de nourriture.

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Huitième jour : A trois heures du matin, nous dormions et l’homme de quart s’était assoupi. Une colonne de fourmis de tailles diverses se fraya un chemin carrément au travers de notre campement. Il s’ensuivit une panique générale chez les valeureux broussards.

« Une fourmi noire, dans la nuit noire, sur la pierre noire, Dieu seul la voit » (Proverbe arabe).Ces bestioles s’infiltrent partout, sur et dans les vêtements, dans les équipements ; on ne les aperçoit que lorsqu’elles y sont déjà en grand nombre, généralement lorsque l’une d’elles vous pique au sang. Plus elles sont petites, plus leur piqûre est douloureuse. Deux heures plus tard, au lever du jour, nous en retrouvons encore dans les gamelles. Le reste de la journée se passera sans histoire et nous nous permettons d’être moins vigilants pour chasser. Distrait, le plus petit d’entre nous s’embourbe jusqu’aux cuisses dans des traces de pattes d’éléphants. Une série de jurons en wallon le confirment, pendant qu’il se démènera comme un beau diable pour s’extraire de sa fâcheuse position. Depuis le premier jour, nous avons toujours eu de la chance pour remplir nos gourdes. Nos pastilles chlorée pour désinfecter l’eau ont été nécessaires dans bien des cas. Un miroir d’eau un peu glauque, piétinée par de multiples traces d’animaux et parfois entourée d’excréments en décomposition, était une découverte trop rare pour que nous puissions nous permettre de la dédaigner lorsque la gourde était vide.

kilubi-1.jpg COMMANDO Kamina 1957

Neuvième jour : Cette nuit, un peu avant l’aube, un violent orage nous réveilla plus tôt que prévu. Jamais en nos pays on ne voit un tel déchaînement de ce type de forces naturelles.Sur un fond de ténèbres, des éclairs aveuglants zèbrent le ciel tous azimuts. Les flashs continus donnent des formes de spectres à la végétation. Un vent de forte intensité s’abat avec furie dans les grands arbres. Des branches se détachent de leur tronc avec fracas pour s’abattrent lourdement sur le sol. De sinistres craquements d’éclairs se succèdent de manière ininterrompue, suivis de répétitifs tonnerres de dieu. Pour finir, une pluie torrentielle tombe à seaux pour nous transpercer jusqu’aux os dans nos sacs de couchage transformés en éponge. Mais cette douce et tiède pluie venait à point, cela faisait neuf jours que nous n’avions plus pris de douche. C’était le nirvana de se sentir mouillé par un déluge d’averses plutôt que par notre sueur. Quand la tourmente fut apaisée, des cancrelats jaune ou couleur caca d’oie, gros comme la paume de la main, et d’autres biloulous de tout acabit, réapparurent et grouillèrent à foison autour de nous. Pas un n’était appétissant ; très peu étaient comestibles.

* Le matin, le soleil nous sécha très rapidement. Après deux heures de marche, nous prenons un peu de repos. D’après nos estimations, nous n’étions plus qu’à deux ou trois kilomètres de notre point d’arrivée. Pour nous détendre, nous nous amusons à tirer quelques munitions. Nous visons des cibles absolument ridicules : noix de palmes, fleurs, papillons…. Cette pétarade fait fuir le gibier sans coup férir, mais il n’a plus rien à craindre de nos fusils.

* L’après-midi, en file indienne mais à bonne distance l’un de l’autre comme à l’habitude, nous marcherons encore flegmatiquement sous un de ces petits orages du meilleur cru local.Arme à la bretelle et certain de notre victoire, nous continuâmes calmement sous l’averse, d’un pas lent de centurion.

operation-survie-2.jpg COMMANDO PARA Kamina

Lundi 17 août Dernier jour : Nous levons le camp à 6 heures, arrivons au point de rendez-vous vers 7 heures et commençons alors les ultimes épreuves qui ne nous avaient pas été divulguées. Nous devons nous délester de nos montres, de nos cartouches et vider le contenu de nos gourdes sur le sol. (Interdiction de la vider dans le gosier).On ne nous dit mot sur la suite qui se déroula de la manière suivante :

* Marche rapide de cinq kilomètres sur route et en peloton serré. Une jeep nous croise et nous recroise lentement. Le convoyeur croque paisiblement une pomme bien juteuse.Nous embarquons dans des camions. Sitôt le dernier homme embarqué, nous en redescendons pour reprendre immédiatement la speed-march. Il doit être 9 heures et le soleil commence déjà à nous beurrer le cigare.

*Marche d’environ 10km avant de revoir définitivement nos véhicules qui nous conduisent à l’endroit où nous attend la nourriture. ( Mais nous n’en savions rien avant de la découvrir ). Nous débarquons des camions et nous alignons face à une assez large échoppe. Tous nos regards se portent avec envie sur des boites de jus, des petits pains et des fruits bien installés en évidence sur des tréteaux, à quelques mètres de notre nez.

Para commando survie au congo savanne 2

* Drill de peloton de plus ou moins dix minutes devant les boites de jus. Nous faisons la queue pour une prise de sang. Un par un. (Prise difficile pour certains).*

Nous pouvons manger. L’estomac s’étant « rétréci », un petit bol de riz suffisait amplement. Par compassion, le médecin nous fit quelques recommandations, mais ceux qui s’empiffrèrent subirent de terribles maux d’estomac et des indigestions. C’était une des dernières leçons à retirer du programme.


* La barbe bien fournie, hirsute et dégageant une odeur assez forte, nousregrimpons dans des camions qui nous reconduisent à la base de Kamina par des routes chaotiques, en une seule étape de 250km. Nous fûmes le dernier contingent à avoir réalisé au Katanga cette opération qui se répétait deux fois par an depuis 1956.

* Pendant ces dix journées, il était décisif de garder le moral. De plus, quand la volonté est en avant, le corps doit suivre. Ceux qui se portèrent volontaires pour participer à cette opération ne l’oublierons jamais. Elle s’apelait « survie », mais on aurait pu tout aussi bien la dénommer, comme dit en québécois, opération « boîte à lunch ». Car cette fameuse gamelle, -citée tant de fois dans le présent texte-, s’imposait quotidiennement à nos soucis.

En ce qui concerne le pourquoi du déroulement d’une O.S., on peut se rappeler que seulement cinq années plus tôt, lors de la guerre de Corée de 1950 à 1953 et de celle d’Indochine se terminant à Diên Biên Phú en 1954, les Chinois imposèrent à leurs prisonniers des conditions bien plus sévères que celles établies pour notre entraînement. Le but ne consistait certes pas à nous préparer à un éventuel emprisonnement, mais les conflits de l’époque pouvaient obliger les nations occidentales à mobiliser des troupes bien entraînées sur d’exotiques théâtres d’opérations.

Il était donc cohérent de la part de nos autorités militaires de choisir ce type d’exercices spécialement conçus pour certaines unités. Modèles d’exercices toujours valables pour les actuels SAS, SBS, Delta Force et autres Forces Spéciales. L’instigateur de l’Opération Survie, le colonel Jean MILITIS (1922-2006) ayant combattu en Corée à la tête d’une compagnie et ayant expérimenté la première O.S. au Congo en 1955, ne faisait que rejoindre les conceptions du Colonel Ed. BLONDEEL (1906-2000) qui estimait avec raison : « Leçon terrible, certes : les faibles, les moins entraînés meurent d’abord. Donc seul une armée bien équipée, et surtout bien entraînée, à haut moral, peut avec un minimum de pertes, constituer efficacement dans le cadre de nos alliances défensives, la solide assurance-liberté dont nous avons besoin ».

Chacun à leur manière, ses deux grands personnages avaient connu et analysé deux décennies de guerre pour en tirer des conclusions qui convenaient. Il est souhaitable que nos représentants politiques de demain n’en oublient pas l’essentiel. Serait-il raisonnable de cantonner nos armées uniquement à des « O.J.S. » (Opérations Juniors Secouristes) ?

Claude-Ferdinand MATHIEU.

*Extrait du rapport médical effectué lors d’une O.S. antérieure à celle du 13ème Détachement

… Lors d'unmédical du cinquième jour, 11 hommes furent éliminés pour raison médicale :1 chute avec traumatisme du genou 1 cas de dysenterie bacillaire sanglante -1 cas de brûlure 2è degré très étendu -1 cas de récidive d’hématome à la jambe 3 cas d’épuisements physiques prononcés-1 cas de mycose généralisé 1 cas d’appendicite subaiguë 1 cas de syncope répétées1 cas de syncope à l’arrivée.

Les examens post-survie ont fait apparaître :

9 cas d’anémies prononcées 31 cas d’hypochlonirémie 14 cas avec V.S. accélérées 1 cas de chute sévère de tension 1 cas d’oxyures 1 cas de kystes d’amibes.… l’effort à fournir par les hommes fut extrêmement violent et, en considérant l’état de fatigue des hommes, … il devient fort difficile dans certains cas d’établir la part morale et physique des abandons (du 5è jour). Ici intervient d’ailleurs sans nul doute le rôle de la sélection en Belgique…

 

 

même, entre autres, sur plusieurs de ces photos.Te souhaitant bonne réception de mon texte et avec mes amitiés. Claude-Ferdinand MATHIEU.

 

Ma réponse : Bien sûr que cela m'intéresse comment vas tu me les faire parvenir ??? Scaner ? Texte via email? Sur CD ? C'est génial d'avoir des témoignages ca va intéresser nos amis Si tu as des photos ou autres je suis preneur ou d'autres amis a contacter car j'essaie de sauver tout ce patrimoine que vs avez dans vos malles qui risque de disparaitre merci a toi amitié MARC
Au retour de l'O.S. de mon unité en août 1959, j'avais sommairement pris des notes sur le déroulement de l'opération. Ayant dernièrement retrouvé ces notes dans mes archives, j'en ai rédigé un récit de 7 pages. Seriez-vous intéressé par ce text

Opération survie au Katanga Congo Belge - Août 1959 - du 13ème Détachement d’Afrique incorporé au 2ème Commando ( devenu 6ème puis 4ème Commando )Dernière survie Récit d’un participant ayant fait partie d’un squad du 4ème Commando .

Samedi 8 août - Premier jour.

manoeuvre-bukavu-2000km-largage.jpg DC3 Commando bérêt vert class 1952

Vibrant de ses deux vaillants moteurs, le C47 Dakota serra son virage en configuration de montée pour modifier son cap de 180°. La manœuvre était mal venue car le stick était déjà prêt, debout dans l’attente du feu vert pour le saut. Tenant l’échine courbée, étant donné le peu de hauteur disponible dans la carlingue de ce type d’avion, la force centrifuge nous oblige à ployer encore un peu plus les genoux. Premier de stick en attente de recevoir le go nous autorisant à sauter, l’horizon de la terre rouge d’Afrique défile à la pointe de mes bottines pendant de longues secondes, à cadence constante. Bougre de pilote, pensais-je. Les G positifs que nous encaissons doivent augmenter notre poids de manière significative, comme si la charge de notre équipement personnel (bag et parachutes) n’était déjà pas suffisante. Après le rétablissement de l’avion en assiette de largage, nous nous éjectons de cet avion avec la grande satisfaction d’être délivré de cette fatigante contrainte pondérale. Il est vrai que nous étions supposé être en évacuation rapide d’un avion simulé en difficultés.La zone de droppage se situait à environ 100km au nord-ouest de Kamina, aux confins de la Lubishi.

36-copie-2.jpg 2erep kolwezi 1

Dès notre arrivée au sol, nous nous regroupons pour une inspection de notre matériel. Chaque squad de douze hommes prendra des directions différentes. Prenant l’itinéraire sud-nord, nous allons parcourir 120km en 10 jours avec une armature de bergham au dos et sur laquelle est arrimé un sac de couchage à l’aide d’un togle-rope, flanqué d’une machette engagée dans un fourreau. Enroulé dans ce sac, nous y avons rangé une douzaine d’objets (pas plus): un pull, un filet de face, une moustiquaire, une gamelle, une cuillère, un canif, un briquet, de l’huile de fusil et des flanelles, une fiole de nonante pastilles de sel, une autre de cent pastilles de chlore et une boite de ration « C » inviolable sous peine de disqualification de son utilisateur. Envisager l’ouverture de cette boite aurait eu comme conséquence première et directe pour l’intéressé de perdre une certaine fierté : celle d’accomplir une mission jusqu’au bout, en cohésion de groupe, dans les règles acceptées par tous.

para commando Exercice carte topographique apprentissage de 1 brousse-safaris-6.jpg

A portée de main et comme matériels des plus nécessaires à notre expédition : une gourde enfilée au ceinturon, ainsi qu’un fusil Lee-enfield porté en bandoulière et quarante cartouches. Chapeau de brousse, lunettes solaires ABL et montre au poignet ne seront pas superflus. Les appareils photo étaient acceptés et il m’est permis d’emporter un excellent couteau de chasse. Aucune autre chose n’est autorisée, pas de tenue de rechange ni de nécessaire de toilette, pas même un mégot de cigarette ou un carré de sucre qui aurait été « oublié » dans le fond d’une poche. Nous devons nous débrouiller pour trouver nourriture et eau par tous les moyens possibles, en nous considérant comme en territoire ennemi, sans pouvoir prendre contact avec un habitant, tout en accomplissant les 120km. dans la bonne direction. Tel était le scénario de l’opération.

Est-ce utile de préciser qu’il n’y avait de toute façon pas le moindre petit village d’indigènes dans un rayon de 100km. Sauf nouvelle découverte d’une tribu inconnue qui aurait échappé à l’emprise de notre civilisation pas toujours très idéale.

para commando survie para commando Paul delahaut 1er peloton 1ere cie du 1 para 1

Nous utiliserons donc toutes les ressources que la brousse nous procurera : plantes, fruits, gibiers et eau. Un Congolais nous accompagnera uniquement pour nous indiquer la comestibilité de certaines plantes. A nous de bien l’observer et de l’imiter dans ses choix alimentaires pour « apprendre » à survivre. L’eau sera l’élément essentiel durant notre périple. Saint-Exupéry au milieu du désert écrivit : « Eau, tu n’as ni goût, ni couleur, ni arôme, on ne peut pas te définir, on te goûte sans te connaître. Tu n’es pas nécessaire à la vie. Tu es la vie… ». Pendant dix jours, cette savane katangaise allait devenir notre domaine d’existence. Nous allions dépendre entièrement d’elle mais aussi de nos capacités à concevoir des astuces afin de pouvoir contourner les difficultés. Nous allions nouer un pacte avec cette nature sauvage qui n’avait guère dû changer depuis de nombreux siècles. Comment réagirait notre moral ?

commando brousse commando brousse

* Nous vérifions une dernière fois notre matériel et prenons une dernière tasse de thé. Chaque squad reçoit deux boussoles et une carte muette au 1/200.000(!) indiquant seulement les forêts galeries. Départ ordonné, la troupe se déploie. Nous traversons un étroit pont de singe surplombant une faille ou la Lubishi (?). Passé ce Rubicon, le sort en était jeté. Nous ne devrons pas nous fier aveuglément à la boussole car le terrain à certains endroits peut receler une grande quantité de minerais de fer. Au besoin, la montre devra alors nous être utile pour la positionner comme il convient avec le soleil afin de déterminer le nord, et tenir ensuite le cap voulu en visualisant des repères au sol.

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*Durant les premières heures de marche nous nous sentons très à l’aise et en profitons pour observer le terrain sur lequel nous nous engageons. Terre brûlée et poussiéreuse, squelettes noircis d’arbres calcinés dont les branches supportent parfois une bande de vautours au sinistre plumage. Ils donnent l’impression de nous observer d’un mauvais œil. C’est la saison sèche. Côté négatif : l’eau se fera discrète, très rare. Côté positif : là où apparaissent quand même des matitis, ils seront moins denses, - ce qui, en principe, sera plus favorable à la chasse -, et les forêts galeries à traverser seront relativement moins touffues, encore que ! Pas très loin à l’horizon s’élevait un immense feu de brousse étalé sur plusieurs kilomètres de large. Vulcain attisait ses foyers. Nous passerons sur son enclume où la chaleur brûlante des rayons solaires martèlera nos tempes.

Brousse 1954 survie para Operation survie congo 1958

*Pour cette nuit comme pour les autres nuits, nous ne nous fatiguerons pas à établir des abris. Notre expérience de « boy-scout-para-commando » ne sera pas mise à contribution dans ce domaine comme elle aurait dû l’être sous les pluies torrentielles en saison humide. Ce seront bien entendu des occasions en moins pour faire le plein d’eau, mais qu’importe, nous nous débrouillerons autrement. Nous installons notre premier bivouac à proximité d’un marigot trouvé fort à propos et y remplissons nos gourdes, sans oublier d’y ajouter une ou deux pastilles d’halazone. La section de chasse revient bredouille avant le coucher du soleil. Nous n’avons donc rien à nous mettre sous la dent. D’aucuns récoltèrent hâtivement quelques têtes de fougères dont la recette de cuisson était simple : à cuire dans de l’eau. Avec ou sans sel, rien n’y fera : pas le moindre goût.Provision de bois est faite avant que le crépuscule n’arrive vers la dix-huitième heure. Bien qu’un volumineux tas de bois soit rassemblé, il n’en restera plus une seule brindille au petit matin. Pendant les trois premières nuits, nous prîmes cette inutile habitude d’alimenter un imposant bûcher alors que quelques flammes suffisaient à éloigner les bêtes sauvages.

para Operation survie 1955 brousse

* La nuit tombe. Nous enlevons uniquement nos chaussures pour nous enfiler dans nos sacs de couchage rangés en cercle autour du foyer. Comme oreiller, le pull nous assure un confort minimum. Rompus de fatigue, nous trouvons facilement le sommeil sous un magnifique clair de lune et un ciel parsemé d’étoiles. Les bizarres cris d’animaux lacérant par intermittence le silence des nuits congolaises ne nous réveilleront pas. Relayé toutes les heures, un compagnon reste de garde pour entretenir le feu. Tant que ces flammes brillent dans la nuit, les bêtes sauvages resteront à bonne distance du campement car elles en ont une peur instinctive. Au milieu de cette nature hostile, nous retrouvons toute la valeur première d’une des découvertes les plus anciennes de l’homme : l’usage du feu protecteur.Sans entrer dans les détails, une journée de notre squad se déroulait de la manière suivante : Marche de dix à quinze kilomètres par jour, de 6h jusqu’à midi. Cette petite distance peut paraître assez banale pour des hommes bien entraînés, mais il ne faut pas oublier, en plus des températures relativement proches de celles de l’équateur, que les forêts galeries se situant le long des rivières, même si ces dernières sont asséchées, ne ressemblent en rien à nos forêts wallonnes.

brousse-1955-4.jpg commando survie au congo savanne

*Au Bas-Congo, dans le Mayumbe, il nous est arrivé de traverser une de ces forêts galeries de deux kilomètres de profondeur en un peu moins de deux heures de temps. On se frayait péniblement à la machette un passage d’homme à travers une végétation luxuriante et serrée. Des parasites, des insectes de toutes espèces nous pleuvaient sur la tête, dans les yeux, nous envahissaient et s’infiltraient dans nos vêtements aux endroits les plus délicats. Fort heureusement, nous n’avons pas rencontré ce genre de conditions au cours de notre expédition.

commando survie commando commando

*L’après-midi, nous nous tenions au repos jusqu’à la seizième heure. Vers cette heure là, comme nous n’étions plus en mouvements depuis quelques heures, la chasse pouvait devenir plus fructueuse. L’installation du bivouac devait être la priorité suivante.

En ce qui concerne le squad, il était composé de trois équipes de plus ou moins quatre hommes chacune dont on alternait parfois les fonctions. On tenait compte des compétences particulières de certains. En mouvement, l’équipe 1 s’occupait de la lecture de carte. La deuxième se tenant au milieu de la file indienne n’avait aucun rôle particulier à jouer, mais était responsable de la chasse en fin de journée. L’équipe 3 suivait et devait se tenir à l’affût d’un éventuel gibier durant la progression du matin, aidé éventuellement en cela par l’équipe 2 au cas où un gibier était levé. Elle était responsable de l’ordonnance du bivouac en fin d’après-midi, corvée bois comprise, mais en pratique tout le squad y participait. Du premier jusqu’au dernier jour, l’esprit d’équipe fonctionna parfaitement. Normalité coutumière car Spirit commando oblige.

commando Sandoa kilubi operation survie 4

* N.B. : Cette organisation est un constat à posteriori car elle n’avait pas été fixée d’avance. Elle s’était très vite improvisée à peu près de cette manière, au fil des premières heures, comme venue par un instinct d’efficacité de groupe. Un fait certain : un autre squad ne parvint pas à tirer un seul gibier sur les dix jours. Etait-ce dû à un manque d’organisation de la chasse ?).

commando survie au congo savanne 9 commando survie au congo savannE

Deuxième jour - L’aurore, déesse aux doigts de roses, sœur du soleil et de la lune, nous réveille. (Les crépuscules et les aurores sont toujours superbes en Afrique). Nous enfilons nos chaussures, rangeons notre barda et reprenons immédiatement la progression. Le petit déjeuner ne fera jamais partie de nos habitudes. Pas question de se baigner. Une flaque d’eau claire était trop rare pour ce luxe. Lorsque nous en trouvions une, on ne faisait que se rafraîchir la tête, après remplissage des gourdes.En ce début de matinée du deuxième jour, et comme toute les matinées qui suivront, nous nous hâtons pour profiter au maximum des heures les plus fraîches de la journée.

*A partir de la treizième heure, la progression devient pénible et il est préférable de se réfugier sous le couvert des forêts. De plus, les insectes y sont moins agressifs. Accablés par la chaleur, nous nous reposons sous des voûtes de verdure. Au repos, il faut néanmoins se méfier des serpents, surtout aux abords d’anfractuosités de roches. Mais dans ces sortes d’oasis, de rares rayons de soleil ne se frayent qu’un petit passage entre les arbres. C’est le royaume d’un mystérieux clair-obscur. Par-ci, par-là, de minuscules auréoles solaires tremblent sur le sol couleur d’ombre. D’immenses arbres au tronc lisse, fiers comme des colonnes, poussent leur cime vers un ciel inaccessible. Et tous ces mâts gigantesques sont reliés entre eux par des lianes tordues où se balancent pêle-mêle de magnifiques orchidées, des fleurs étranges aux admirables couleurs, des nids de guêpes semblables à de grands sacs noirs et des toiles d’araignées atteignant ensemble plusieurs mètres de diamètres.Les plaintes criardes des chimpanzés et les glapissements d’autres espèces d’animaux se répercutent dans les profondeurs sylvestres.

Habillez cette forêt de tons allant du jaune clair au bleu en passant par le brun et toute la gamme des verts. N’oubliez surtout pas un seul vert. Lâchez-y des milliers de papillons parés d’or, de nacre ou de bleu, ajoutez-y une odeur de moisi, de lourdes vapeurs et de parfums pénétrants… et vous vous ferez une idée à peu près correcte de ce que nous préférions à ces innombrables nuées de mouches et de moustiques, qui, en savane, nous harcelaient sans cesse de leurs bruits, de leurs chatouillements et de leurs lancinantes piqûres.

Safari para operation survie Para commando survie au congo savanne 4
*Il est 16h30. Quelques uns parmi nous parviennent à s’extraire de leurs rêveries et s’embusquent à l’affût d’un gibier.L’incertitude à pouvoir se procurer de la nourriture déprime un peu le moral. L’estomac se resserre de plus en plus et la bouche grimace de faim.

Un chanceux attrape une grosse sauterelle. Bien maigre gibier pour douze individus ! Nous lui laissons le privilège de la manger à lui tout seul. Il arrache les pattes et la croque illico, comme le noir en avait montré l’exemple quelques heures plut tôt.

Choisissant mal l’occasion d’aborder un tel sujet, un plaisantin croit bon de chuchoter la description de ses désirs culinaires accompagnés d’une bière bien mousseuse. Sans trop en dire, l’imagination des autres fabule sur le même thème.

Notre peloton a pied dans la brousse pel prem 1

*Un coup de feu claque. La poudre a parlé. Adieu rêvasseries. Je venais d’ailleurs de m’éloigner de l’endroit où nous étions au repos. Dans un craquement de branchages et à toute vitesse, deux phacochères foncent droit dans ma direction. Les tirs se font plus nourris mais imprécis à cause de la végétation. Des balles piaulent à peu de distance de mes oreilles. En un réflexe éclair extrêmement judicieux, je me plaque au sol comme une crêpe. C’était situation bien délicate que de se trouver à trente mètres de deux bêtes sauvages vous chargeant au milieu d’un tir croisé. Fort heureusement, la première bête m’évita et la deuxième mordit la poussière sous le feu de quelques balles doum-doumées. L’affaire aurait pu mal tourner ; il était sans intérêt que je fusse resté stoïquement debout.

Operation survie 12

* La joie éclate. Le jeune sanglier africain est pendu par les pattes arrières à une branche basse afin d’être immédiatement dépecé et mis à boucaner. Une bonne partie de la viande sera immédiatement engloutie dans nos estomacs. Toute la nuit, le noir fit griller les abats que nous lui avions laissés. Il fit un festin de roi pendant plusieurs heures. Le lendemain matin, sa panse avait doublé de volume. Les restes de viande subiront encore un boucanage la nuit suivante, pour être ensuite distribués le plus équitablement possible. Il y avait juste de quoi remplir chaque gamelle.

commando Brousse 1954 commando brousse

Troisième jour : Vers la neuvième heure et comme convenu, un avion T6 Harvard de Baka nous survole. Il le fera encore le 7ème jour. Afin de confirmer le bon déroulement de notre opération, nous disposons sur le sol, suivant un code bien défini, six larges calicots de couleurs vives. On raconte qu’un squad d’une opération antérieure à la nôtre fit l’objet d’une amusante plaisanterie de la part de la Force Aérienne. Au moment de le quitter d’un battement d’aile, l’avion largua une bouteille de coca vide mais contenant la photo d’une pin-up.

*Le soir de ce troisième jour, au retour d’une chasse solitaire, l’un de nous rapporta deux petits ramiers. Nous le félicitons pour sa prouesse d’en avoir descendu deux. Répartis en douze parts, les morceaux furent bouIllis dans nos gamelles de manière a obtenir également un bouillon. Ce maigre repas terminé, nous rangeons soigneusement les os décharnés dans le filet de face (avec ceux du phacochère), lequel sera camouflé le mieux possible au fond de la dite gamelle. Pendant le sommeil, c’est l’unique moyen efficace pour protéger de la voracité des fourmis les menus atomes de viande encore accrochés à ces os. De toute manière, pour ce qu’il en restait, ils étaient plutôt d’un soutien moral ; nous avions l’illusion d’avoir encore de la nourriture. Certains ne résisteront plus au régime végétarien ; ce jour-là, ils mangèrent une herbe fine en guise de salade. Les plus opportunistes attendront le lendemain matin pour constater un éventuel dérangement intestinal des premiers, avant de passer eux-mêmes à ce régime diététique forcé

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Quatrième jour : Nous tirons deux grosses pintades pour le menu du soir. Grillées, elles remplissaient deux gamelles que nous nous passâmes de l’un à l’autre. Supplice de Tantale : il fallait garder la bonne attitude pour n’avaler que deux bouchées afin d’en laisser pour les suivants. Dans les gamelles chauffées à blanc, des termites auraient pu être rissolées, à condition de pouvoir les extraire des termitières. Nous n’avons pas eu l’occasion d’accommoder nos menus avec ces protéines.

commando safaris

Cinquième jour : Nous atteignons un chemin à l’endroit prévu pour le rendez-vous médical. Trois hommes abandonnent par manque de moral ou pour des raisons physiques. (Difficile de faire la part des choses). A la quinzième heure, nous reprenons nos cartes et nos boussoles. Sur le moment, et suite à ces défections, le moral en prit un coup. Ces trois hommes allaient nous manquer pour la répartition du poids des tâches dans les jours à venir. D’un autre côté, 1/9 de n’importe quel animal à manger était plus intéressant qu’un douzième. Le moral repris donc le dessus.

manoeuvre-2.jpg commando Brousse survie 56

Sixième jour : Etape très dure. Ce jour, l’aridité du sol est telle que le curieux phénomène de mirage se profila à l’horizon. Un petit oiseau, genre tourterelle, vient s’ajouter à notre tableau de chasse. Le régime plantes et fruits devient notre ordinaire : vumba-vumbas, tembo-tembos, matungulus, divumbas, pommes de singe, têtes de fougère, fruits de palme, tout y passe. Les diarrhées en incommoderont plus d’un, reconnaissables aux joues creuses. Me vint une idée gastronomique : verser deux gouttes d’huile de fusil dans mon infecte jus du soir de manière à y voir apparaître des « yeux de bouillon ». L’illusion était parfaite. A la réflexion, pour survivre il faut se fabriquer de bonnes doses d’illusions et y croire

COMMANDO Durant loperation commando Brousse survie 56

Septième jour : A huit heures du matin, en plein début de progression, nous tirons une jeune gazelle. Nos fusils font merveilles malgré la rapidité de cet animal. Cette fois nous sommes à peu près certains de terminer l’expédition en pas trop mauvais état. Pour éviter la putréfaction rapide de la viande, la bête est immédiatement dépecée et boucanée. Les viscères sont abandonnées à bonne distance où des charognards la dévoreront. Des vautours tournoyèrent au-dessus de nos têtes de temps à autres lors de notre « épopée ». Peut être sentaient-ils notre état de faiblesse lorsque nous étions en manque de nourriture.

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Huitième jour : A trois heures du matin, nous dormions et l’homme de quart s’était assoupi. Une colonne de fourmis de tailles diverses se fraya un chemin carrément au travers de notre campement. Il s’ensuivit une panique générale chez les valeureux broussards.

« Une fourmi noire, dans la nuit noire, sur la pierre noire, Dieu seul la voit » (Proverbe arabe).Ces bestioles s’infiltrent partout, sur et dans les vêtements, dans les équipements ; on ne les aperçoit que lorsqu’elles y sont déjà en grand nombre, généralement lorsque l’une d’elles vous pique au sang. Plus elles sont petites, plus leur piqûre est douloureuse. Deux heures plus tard, au lever du jour, nous en retrouvons encore dans les gamelles. Le reste de la journée se passera sans histoire et nous nous permettons d’être moins vigilants pour chasser. Distrait, le plus petit d’entre nous s’embourbe jusqu’aux cuisses dans des traces de pattes d’éléphants. Une série de jurons en wallon le confirment, pendant qu’il se démènera comme un beau diable pour s’extraire de sa fâcheuse position. Depuis le premier jour, nous avons toujours eu de la chance pour remplir nos gourdes. Nos pastilles chlorée pour désinfecter l’eau ont été nécessaires dans bien des cas. Un miroir d’eau un peu glauque, piétinée par de multiples traces d’animaux et parfois entourée d’excréments en décomposition, était une découverte trop rare pour que nous puissions nous permettre de la dédaigner lorsque la gourde était vide.

kilubi-1.jpg COMMANDO Kamina 1957

Neuvième jour : Cette nuit, un peu avant l’aube, un violent orage nous réveilla plus tôt que prévu. Jamais en nos pays on ne voit un tel déchaînement de ce type de forces naturelles.Sur un fond de ténèbres, des éclairs aveuglants zèbrent le ciel tous azimuts. Les flashs continus donnent des formes de spectres à la végétation. Un vent de forte intensité s’abat avec furie dans les grands arbres. Des branches se détachent de leur tronc avec fracas pour s’abattrent lourdement sur le sol. De sinistres craquements d’éclairs se succèdent de manière ininterrompue, suivis de répétitifs tonnerres de dieu. Pour finir, une pluie torrentielle tombe à seaux pour nous transpercer jusqu’aux os dans nos sacs de couchage transformés en éponge. Mais cette douce et tiède pluie venait à point, cela faisait neuf jours que nous n’avions plus pris de douche. C’était le nirvana de se sentir mouillé par un déluge d’averses plutôt que par notre sueur. Quand la tourmente fut apaisée, des cancrelats jaune ou couleur caca d’oie, gros comme la paume de la main, et d’autres biloulous de tout acabit, réapparurent et grouillèrent à foison autour de nous. Pas un n’était appétissant ; très peu étaient comestibles.

* Le matin, le soleil nous sécha très rapidement. Après deux heures de marche, nous prenons un peu de repos. D’après nos estimations, nous n’étions plus qu’à deux ou trois kilomètres de notre point d’arrivée. Pour nous détendre, nous nous amusons à tirer quelques munitions. Nous visons des cibles absolument ridicules : noix de palmes, fleurs, papillons…. Cette pétarade fait fuir le gibier sans coup férir, mais il n’a plus rien à craindre de nos fusils.

* L’après-midi, en file indienne mais à bonne distance l’un de l’autre comme à l’habitude, nous marcherons encore flegmatiquement sous un de ces petits orages du meilleur cru local.Arme à la bretelle et certain de notre victoire, nous continuâmes calmement sous l’averse, d’un pas lent de centurion.

operation-survie-2.jpg COMMANDO PARA Kamina

Lundi 17 août Dernier jour : Nous levons le camp à 6 heures, arrivons au point de rendez-vous vers 7 heures et commençons alors les ultimes épreuves qui ne nous avaient pas été divulguées. Nous devons nous délester de nos montres, de nos cartouches et vider le contenu de nos gourdes sur le sol. (Interdiction de la vider dans le gosier).On ne nous dit mot sur la suite qui se déroula de la manière suivante :

* Marche rapide de cinq kilomètres sur route et en peloton serré. Une jeep nous croise et nous recroise lentement. Le convoyeur croque paisiblement une pomme bien juteuse.Nous embarquons dans des camions. Sitôt le dernier homme embarqué, nous en redescendons pour reprendre immédiatement la speed-march. Il doit être 9 heures et le soleil commence déjà à nous beurrer le cigare.

*Marche d’environ 10km avant de revoir définitivement nos véhicules qui nous conduisent à l’endroit où nous attend la nourriture. ( Mais nous n’en savions rien avant de la découvrir ). Nous débarquons des camions et nous alignons face à une assez large échoppe. Tous nos regards se portent avec envie sur des boites de jus, des petits pains et des fruits bien installés en évidence sur des tréteaux, à quelques mètres de notre nez.

                   Para commando survie au congo savanne 2

* Drill de peloton de plus ou moins dix minutes devant les boites de jus. Nous faisons la queue pour une prise de sang. Un par un. (Prise difficile pour certains).*

Nous pouvons manger. L’estomac s’étant « rétréci », un petit bol de riz suffisait amplement. Par compassion, le médecin nous fit quelques recommandations, mais ceux qui s’empiffrèrent subirent de terribles maux d’estomac et des indigestions. C’était une des dernières leçons à retirer du programme.


* La barbe bien fournie, hirsute et dégageant une odeur assez forte, nousregrimpons dans des camions qui nous reconduisent à la base de Kamina par des routes chaotiques, en une seule étape de 250km. Nous fûmes le dernier contingent à avoir réalisé au Katanga cette opération qui se répétait deux fois par an depuis 1956.

* Pendant ces dix journées, il était décisif de garder le moral. De plus, quand la volonté est en avant, le corps doit suivre. Ceux qui se portèrent volontaires pour participer à cette opération ne l’oublierons jamais. Elle s’apelait « survie », mais on aurait pu tout aussi bien la dénommer, comme dit en québécois, opération « boîte à lunch ». Car cette fameuse gamelle, -citée tant de fois dans le présent texte-, s’imposait quotidiennement à nos soucis.

En ce qui concerne le pourquoi du déroulement d’une O.S., on peut se rappeler que seulement cinq années plus tôt, lors de la guerre de Corée de 1950 à 1953 et de celle d’Indochine se terminant à Diên Biên Phú en 1954, les Chinois imposèrent à leurs prisonniers des conditions bien plus sévères que celles établies pour notre entraînement. Le but ne consistait certes pas à nous préparer à un éventuel emprisonnement, mais les conflits de l’époque pouvaient obliger les nations occidentales à mobiliser des troupes bien entraînées sur d’exotiques théâtres d’opérations.

Il était donc cohérent de la part de nos autorités militaires de choisir ce type d’exercices spécialement conçus pour certaines unités. Modèles d’exercices toujours valables pour les actuels SAS, SBS, Delta Force et autres Forces Spéciales. L’instigateur de l’Opération Survie, le colonel Jean MILITIS (1922-2006) ayant combattu en Corée à la tête d’une compagnie et ayant expérimenté la première O.S. au Congo en 1955, ne faisait que rejoindre les conceptions du Colonel Ed. BLONDEEL (1906-2000) qui estimait avec raison : « Leçon terrible, certes : les faibles, les moins entraînés meurent d’abord. Donc seul une armée bien équipée, et surtout bien entraînée, à haut moral, peut avec un minimum de pertes, constituer efficacement dans le cadre de nos alliances défensives, la solide assurance-liberté dont nous avons besoin ».

Chacun à leur manière, ses deux grands personnages avaient connu et analysé deux décennies de guerre pour en tirer des conclusions qui convenaient. Il est souhaitable que nos représentants politiques de demain n’en oublient pas l’essentiel. Serait-il raisonnable de cantonner nos armées uniquement à des « O.J.S. » (Opérations Juniors Secouristes) ?

Claude-Ferdinand MATHIEU.

*Extrait du rapport médical effectué lors d’une O.S. antérieure à celle du 13ème Détachement

… Lors d'unmédical du cinquième jour, 11 hommes furent éliminés pour raison médicale :1 chute avec traumatisme du genou 1 cas de dysenterie bacillaire sanglante -1 cas de brûlure 2è degré très étendu -1 cas de récidive d’hématome à la jambe 3 cas d’épuisements physiques prononcés-1 cas de mycose généralisé 1 cas d’appendicite subaiguë 1 cas de syncope répétées1 cas de syncope à l’arrivée.

Les examens post-survie ont fait apparaître :

9 cas d’anémies prononcées 31 cas d’hypochlonirémie 14 cas avec V.S. accélérées 1 cas de chute sévère de tension 1 cas d’oxyures 1 cas de kystes d’amibes.… l’effort à fournir par les hommes fut extrêmement violent et, en considérant l’état de fatigue des hommes, … il devient fort difficile dans certains cas d’établir la part morale et physique des abandons (du 5è jour). Ici intervient d’ailleurs sans nul doute le rôle de la sélection en Belgique…

 

 

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